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Fioretti


L’Eucharistie du pauvre

Question reçue par courriel : « Où pourrais-je trouver le texte d’une homélie trouvée dans Paris Match dans les années 80. Mgr Helder s’était rendu dans une paroisse où des voleurs avaient pillé une église et profané le Saint Sacrement. Le texte était tombé sous mes yeux quelques jours après que la même mésaventure était arrivée dans une paroisse dont j’avais la charge au Cameroun. Helder Camara, au jour de la réouverture solennelle de l’église avait attiré l’attention des fidèles sur tant de profanations des droits et de la vie des pauvres qui sont pour les chrétiens des images vivantes de Jésus. Ce texte avait profondément interpellé l’assistance et le curé. Si vous trouvez quelque chose… Un grand merci !

Réponse : Le texte auquel vous faites référence n’est pas une homélie, mais une « anecdote vivante » racontée par Dom Helder en réponse à une question de José de Broucker. Elle a été publiée pour la première fois, à notre connaissance, dans son autobiographie intitulée Les conversions d’un évêque, éditée en 1977 au Seuil, et rééditée en 2002 à L’Harmatan. On peut la lire page 145, dans le chapitre précisément intitulé « L’Eucharistie du pauvre ». Ou ci-après :

Le Congrès eucharistique international de 1955 à Rio de Janeiro a débouché sur votre conversion aux pauvres, si je peux dire. Est-ce que votre travail dans les favelas vous a, en retour, amené à concevoir et à vivre différemment les autres célébrations du même genre auxquelles vous avez été appelé à participer par la suite ? Je pense d’abord aux Congrès eucharistique international de Bogota auquel Paul VI a participé en personne, en 1968.

Dom Helder – Je pense qu’à Bogota nous avions la même foi en la présence du Seigneur dans l’Eucharistie. Mais déjà il nous semblait évident que le Christ eucharistique ne peut accepter un excès de glorification tant que l’autre Eucharistie – le Christ vivant dans les pauvres – est écrasée.

Un jour, une délégation est venue me voir, ici, à Recife : « Vous savez, Dom Helder, il y a un voleur qui a réussi à pénétrer dans telle église. Il a ouvert le tabernacle. Comme il ne s’intéressait qu’au ciboire, il a jeté les hosties par terre, dans la boue… Vous entendez, Dom Helder : le Seigneur vivant jeté dans la boue !... Nous avons recueilli ces hosties et les avons portées en procession jusqu’à l’église, mais il faut faire une grande cérémonie de réparation !... » - « Oui, je suis d’accord. On va préparer une procession eucharistique. On va réunir tout le monde. On va vraiment faire un acte de réparation. »

Le jour de la cérémonie, quand tout le monde était là, j’ai dit : « Seigneur, au nom de mon frère le voleur, je te demande pardon. Il ne savait pas ce qu’il faisait. Il ne savait pas que tu es vraiment présent et vivant dans l’Eucharistie. Ce qu’il a fait nous touche profondément. Mais mes amis, mes frères, comme nous sommes tous aveugles ! Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique dans la boue, mais dans la boue vit le Christ tous les jours, chez nous, au Nordeste ! Il nous faut ouvrir les yeux ! » Et je disais que le meilleur fruit de la communion au Corps du Christ dans l’Eucharistie serait que le Christ ainsi reçu nous ouvre les yeux et nous aide à de reconnaître l’Eucharistie des pauvres, des opprimés, de ceux qui souffrent. C’est sur cela que nous serons jugés, le dernier jour…

Dom Helder Camara - Mémoire et Actualité
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